La Chine et les États-Unis plus que jamais liés par leurs économies

L’excédent commercial de la Chine a atteint un niveau record en février 2015, sous l’effet de l’amélioration de la demande de ses grands partenaires et de la chute du prix du pétrole, mais aussi du ralentissement de la consommation nationale.

Le surplus du commerce extérieur de « l’atelier du monde » a atteint 60,6 milliards de dollars (55,8 milliards d’euros) au deuxième mois de l’année, selon les données publiées, dimanche 8 mars, par les douanes chinoises.

Les exportations de la Chine ont bondi de 48,9 % en février par rapport au même mois l’année précédente, pour atteindre 169 milliards de dollars, et ce alors qu’elles avaient subi une contraction de 3,2 % en janvier.

Effet de Calendrier

Cette progression est d’abord liée au calendrier. Le Nouvel an lunaire tombait le 19 février cette année, de sorte que les usines chinoises ont fortement travaillé en amont de la semaine de congés, pendant laquelle l’économie tourne au ralenti, tandis que cette fête avait eu lieu à la fin janvier l’an dernier.

Même malgré cet effet de base, les ventes de la Chine au reste du monde enregistrent une réelle progression gagnant ainsi 15 % sur les mois de janvier et février cumulés. La reprise en Amérique est une source de demande majeure, les livraisons de la Chine vers les États-Unis progressant de 21 % sur les deux premiers mois de l’année. Enfin, elles gagnent 13 % à destination de l’Europe.

Les importations de la Chine baissent de 20,5 % en février sur un an, confirmant la tendance, après les 19,9 % de chute relevés en janvier. La baisse du cours du baril de pétrole ces derniers mois est un facteur explicatif important mais il n’est pas le seul.

La Chine prévoit une croissance 2015 en baisse

La demande intérieure chinoise est réellement affectée par le ralentissement de la croissance. Après avoir constaté une progression de 7,4 % du produit intérieur brut (PIB) de la première économie de la planète sur l’ensemble de l’année 2014, en deçà de l’objectif établi, les dirigeants chinois ont annoncé, jeudi 5 mars, qu’ils visaient environ 7 % de croissance pour l’économie chinoise en 2015 selon le texte d’un discours du premier ministre Li Keqiang consulté par l’AFP, une décision largement attendue sur fond de dégradation de la conjoncture dans le pays.

Parmi les objectifs présentés lors de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire, Li Keqiang, a également précisé que la Chine tablait sur une croissance de 6 % de son commerce extérieur cette année.

Le gouvernement a également abaissé à « environ 3% », contre 3,5% l’an dernier, son niveau-cible d’inflation pour 2015, alors que la deuxième économie mondiale fait face à d’intenses pressions déflationnistes nourries par une demande intérieure en berne. Ces objectifs avaient été annoncés auparavant par l’agence officielle Chine nouvelle.

Temps difficiles

Sous l’étoile rouge du Grand palais du Peuple, devant un parterre de près de 3 000 officiels, le chef de gouvernement a reconnu à demi-mots lors de l’ouverture de la session annuelle de l’assemblée des huiles du Parti communiste, que le futur économique proche serait vraisemblablement plus difficile qu’anticipé.

« Des problèmes profondément ancrés dans le développement économique du pays deviennent plus évidents. Les difficultés que nous rencontrons cette année pourraient être plus grandes que l’année précédente » a estimé M. Li. Il a également constaté : « La route de la reprise mondiale a été éprouvante, faite de nombreux hauts et bas, et les performances des grandes économies ont divergé ».

En conséquence, le premier exportateur mondial est également moins ambitieux quant à la progression de son commerce extérieur, qu’il voit gagner 6 % en 2015. Le volume des échanges de la Chine avec le reste du monde n’avait gagné que 3,4 % l’an passé, alors que l’objectif affiché était d’une croissance de 7 %.

Feuille de route

Face à cette réalité, le gouvernement chinois entend démontrer avoir une feuille de route claire. Li Keqiang évoque désormais une croissance « bimoteur », en référence au pilier traditionnel de croissance qu’est la dépense publique, qui doit être complétée par l’entreprenariat populaire. Il promet de moderniser le premier domaine en basculant progressivement d’investissements massifs dans les infrastructures à davantage de services publics à la personne.

Pour ce qui est du privé, M. Li promet de réduire les domaines dans lesquels l’état restreint les investissements. Il promet de laisser davantage d’espace aux banques privées, à l’heure où les géants du web Tencent et Alibaba proposent déjà des services en ligne concurrençant les banques d’état traditionnelles. Il annonce également l’élargissement prochain à la bourse de Shenzhen, deuxième place de Chine continentale, d’un programme ouvert à l’automne dernier permettant aux investisseurs basés à Shanghaï d’investir dans des actions cotées sur la place ouverte à l’international qu’est Hong Kong et vice-versa.

Après avoir créé une zone dite de libre-échange dans l’est de Shanghaï, Li Keqiang confirme par ailleurs, sans donner de date, la création de trois nouvelles zones similaires dans les provinces du Guangdong et du Fujian (sud-est) ainsi que dans la ville de Tianjin. Le bilan de la zone de Shanghaï, inaugurée à l’automne 2013, demeure très mitigé. Un sondage publié mercredi par la Chambre de commerce des Etats-Unis en Chine montre que 73 % des entreprises américaines ne trouvent « pas de bénéfices concrets » à cette zone.

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