Chine: entre réformes et chômage

Aujourd’hui, la Chine cherche à asseoir de plus en plus sa croissance sur la consommation intérieure et les services. Cependant, le gouvernement redoute une poussée du chômage qui pourrait menacer autant la stabilité sociale que la prospérité du pays.

La Chine prévoit donc un ralentissement contrôlé de sa croissance qui devrait permettre de réduire sa dépendance à l’investissement public, une politique qui a déjà permis d’injecter des milliards de yuans dans l’économie mais qui a engendré de graves dysfonctionnements.

Le président Xi Jinping et le Premier ministre, Li Keqiang, espèrent grâce à cela pouvoir procéder en douceur à ce changement de modèle, sans provoquer une flambée du chômage.

Ils comptent pour cela développer un maximum le secteur des services en Chine, ce qui permettrait d’absorber la main-d’oeuvre ouvrière touchée par la hausse des fermetures d’usines.

“La faiblesse persistante du secteur manufacturier aura un impact sensible sur l’emploi”, prévient Lian Ping, économiste en chef à la Banque des Communications de Shanghai.

RALENTIR LE CHÔMAGE

Alors que la Chine entend réorienter son économie, sa croissance à deux chiffres qui avait longtemps fait des envieux a, une nouvelle fois, marqué le pas au second trimestre 2013.

Pénalisé par le ralentissement de la demande hors des frontières chinoises, et par un recul de l’investissement, le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 7,5% au deuxième trimestre, après une expansion de 7,6% au trimestre précédent.

Cependant, le gouvernement ne semble pas réellement s’inquiéter de ce ralentissement et refuse de communiquer le taux de croissance qu’il juge nécessaire pour prévenir une brusque hausse du chômage, possible source de grave instabilité sociale. Les économistes, quant à eux, tablent sur un niveau de croissance d’au minimum 7%.

Ils estiment que le chômage, plutôt que la croissance, sera désormais le principal moteur de la politique du gouvernement.

Le taux de chômage dans l’Empire du Milieu est officiellement de 4,1%, un chiffre que les économistes considèrent comme peu fiable puisqu’il n’a pas beaucoup varié ces dernières années, y compris en période de ralentissement prononcé.

Les économistes pensent que si ce taux venait à augmenter, le gouvernement serait contraint de freiner le rythme des réformes et d’intervenir en injectant de nouveau de l’argent dans l’économie, comme il l’a déjà fait en 2008 avec un plan de relance estimé à 4.000 milliards de yuans (soit 495 milliards d’euros).

CHANGEMENT DE MODÈLE

Pour Wang Yuehu, qui organise les salons de l’emploi à Pékin, le changement de modèle a déjà commencé. De plus en plus de gens trouvent aujourd’hui un emploi dans le secteur des services, à mesure que l’industrie manufacturière ralentit. “Dans l’ensemble, le marché du travail est stable”, estime-t-il.

Les services, devenus en 2007 le premier secteur de production devant l’industrie, sont aussi le premier secteur de recrutement en Chine, avec 36% des emplois contre 30% pour l’industrie.

Mais le risque du chômage de masse existe encore.

Pendant la crise financière de 2008-2009, l’effondrement des exportations chinoises avait ainsi laissé quelque 20 millions de travailleurs migrants au chômage, poussant le gouvernement à lancer un gigantesque plan d’investissement, qui a laissé jusqu’à aujourd’hui de fortes dettes aux collectivités locales.

Les nouveaux dirigeants espèrent donc qu’ils n’auront pas à activer de nouveau ce levier à double tranchant et comptent plutôt sur le changement démographique, notamment sur le vieillissement de la population, pour accompagner les réformes.

Certains signaux ne portent pourtant pas à l’optimisme.

Sept millions de diplômés, un record, doivent ainsi quitter cette année les bancs de l’université, alors que la proportion de ceux qui disposent déjà d’un contrat est la plus faible de ces dernières années, selon les chiffres du ministère du Travail.

Face à cette situation, le gouvernement a demandé aux entreprises d’Etat d’embaucher davantage de jeunes diplômés et a débloqué des subventions pour faciliter la création d’entreprise.

Cependant, de nombreux ouvriers redoutent par ailleurs de ne pas réussir leur reconversion dans le secteur des services, faute de diplôme dans le supérieur.

 

Wei Hsu

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